"Rêves, ce qu'il en restera"

Rêver est important pour l'être humain. L'impossibilité de rêver handicape les êtres. Les handicapés subissent donc souvent une double peine

Visuel du projet "Rêves, ce qu'il en restera"
Échoué
7
Contributeurs
29/07/2019
Date de fin
185 €
Sur 4 000 €
5 %

"Rêves, ce qu'il en restera"

Des éléphants dans des magasins de porcelaine

Codes et règles, croyances et superstitions, animismes et préjugés… le monde en est rempli. Parfois universels, parfois différents selon la partie du monde qui leur en est soumise, ils gèrent notre comportement, ils caractérisent notre définition de l'humanité. Question de bon sens élémentaire, je parle de ce que je connais : le Congo. J'ai abondamment subi le poids de l'imaginaire collectif congolais. Jusqu'à en être influencé.

Il ne fait pas bon être diffèrent au Congo. Albinos ou homosexuel : bizarres créatures, entre curiosité et risée. Handicapés physiques ou psychiques : honte, mépris et stigmatisation sociale. Tous, porteurs de malheur. Être différent au Congo, c'est une malédiction pour la famille. Une famille dont un des membres est différent, c'est une famille punie. 

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Du point de vue de la perception humaine, le silence absolu n'existe pas. Plongés dans la pièce la plus isolée possible phonétiquement, nous entendons toujours les bruits de nos corps. Ceci dit, si on est entendant. Est-ce que le silence absolu c'est ce que les sourds entendent ?

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Au Congo les sourds n'ont souvent d'autre choix que de se marier entre eux. Leur parcours scolaire s'arrête immuablement en troisième et les seuls métiers "à leur portée" sont la menuiserie pour les hommes et la couture pour les femmes. Désir et envie leurs sont interdits : leur destin est tracé et tenu obstinément hors de leur portée dès la découverte de leur handicap. 

    Aujourd'hui, je me demande : comment une personne handicapée (ce qui réduit implicitement ses compétences et aptitudes - un axiome dans la perception congolaise des gens différents) pourrait-elle se permettre de rêver ?

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J'ai écrit mon premier court métrage de fiction : "Au nom de…". Une histoire d'amour (impossible) entre une sourde et un entendant. C'est ainsi que j'ai rencontré Mvouama.

Aimée Sainte

Tout le monde l'appelait Mvouama. Pourtant, elle se prénommait Aimée Sainte.

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    C'est mon producteur qui m'a proposé de faire le casting pour mon personnage féminin à l'Institut National des Jeunes Sourds de Brazzaville. J'étais sceptique. Les préjugés ont la peau dure et ils peuvent déformer même les regards les mieux intentionnés.

    Le jour du casting, il y avait une douzaine de candidates. Toutes portaient leur tête haute, le regard droit. Sauf Mvouama. Son corps, ses mains, son regard baissé… j'avais devant moi l'incarnation de mon personnage inventé : une pénitente

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    L'histoire que je voulais dans "Au nom de…" était l'histoire d'une double peine : une femme sourde au Congo. J'ai imaginé mon personnage comme une femme effacée, réservée, douce, timide. Une femme fiancée à un homme "normal" qui parle pour elle. Une femme qui se fait rejeter par la mère de son fiancé.

C'est pour cela que Mvouama (l'image même de la pénitente) fut une évidence dès que mes yeux se sont posés sur elle. Tellement qu'ensuite, pendant le tournage, je dirigeais les scènes plus par rapport à elle que par rapport au scénario. 

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Mvouama, au moment du tournage de mon film, avait 18 ans. Elle vivait avec son père, ancien employé de la société des chemins de fer du Congo. 

Mvouama avait un fiancé, Amour, un jeune entendant. Ce ne s'invente pas. Aimée Sainte et Amour. Son père et Amour étaient la forteresse de Mvouama. Le reste du monde extérieur, en dehors de l'Institut des Jeunes sourds, était  "le danger". 

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Je n'ai jamais pu me retrouver seul avec Mvouama. Même si elle lisait quelques fois sur les lèvres, nous avions besoin chaque fois d’un interprète pour communiquer. 

Pendant les répétitions, je me suis pourtant rendu compte, avec stupeur, que Mvouama était celle qui comprenait le plus profondément mon propos. Sans parler du fait qu'elle était, de loin, la plus talentueuse.    

J'ai alors commencé à croire en elle. Certaines plantes, surtout celles du désert, ont besoin juste de quelques gouttes d'eau pour fleurir : Mvouama a commencé à croire aussi en elle-même. Elle avait de moins en moins peur du monde des entendants. Elle se méfiait moins, elle s'ouvrait vers l'extérieur, elle s'ouvrait tout court.

Petit à petit, ses bras se sont dénoués. Sa tête s'est redressée. Et son visage s'est métamorphosé.  

Adieu Mvouama la pénitente, bienvenue Aimée Sainte la bien heureuse !

Ce faisant, elle s'est permis de commencer à rêver. Elle aimait la lecture, elle se voyait écrivaine. Elle se languissait de voyager, elle se voyait hôtesse de l'air. Elle était à l'aise dans le monde virtuel, elle se voyait informaticienne. Elle s'épanouissait en jouant, elle se voyait comédienne professionnelle. Le monde des "gens normaux" continuait à l'effrayer un peu mais la peur cédait doucement la place à la curiosité et aux rêves.

    Aimée Sainte rêvait.

 

Sauve qui peut   

Mais voilà…  Je suis parti loin. Je suis venu en France. 

    Mon principal bagage était un projet de film documentaire sur Mvouama. Elle était restée au pays, certes : même si douée, elle ne pouvait pas, comme moi, poursuivre ses études. 

    Mvouama continuait de rêver. Elle était confiante, elle me faisait confiance : j'étais sa bonne étoile. 

    En France, j'avançais sur le projet. Les réactions étaient encourageantes. J'envoyais régulièrement, à travers mon producteur congolais, des nouvelles à Mvouama (qui passait souvent ses journées dans le bureau de la production, à surfer sur internet, à réviser et à rêvasser) et j'en recevais en retour. 

Et puis, il y a eu rupture entre le producteur et moi. 

Alors, en utilisant les difficultés inhérentes à tout financement de documentaire comme alibi, j'ai jeté l'éponge. 

***

    Cela fait dix ans que nous nous sommes perdus de vue, Mvouama et moi. Elle n'avait jamais quitté un coin de ma tête et un bout de mon cœur. Jusqu'à réaliser un documentaire sur une personne malentendante en France. 

Ensuite… Dès que je me suis construit une armure assez forte, j'ai recommencé à réaliser et à produire des films au Congo. Mvouama me hantait mais c'est seulement il y a trois ans que je suis parti à sa recherche. Impossible de trouver la moindre trace. La famille a déménagé, mais où ? Mystère ! Les voisins n'en savent rien. Le profil que Mvouama avait sur les réseaux sociaux est vide. À l'Institut, personne n'a de ses nouvelles même si tous les élèves avaient entendu parler d'elle, à travers mon court métrage. Mvouama, c'est celle qui leur permet de rêver. Mais elle, elle reste introuvable.

***

Aimée Sainte doit avoir la petite trentaine maintenant. Je sais qu'elle est vivante – c'est déjà énorme. Mais je ne sais rien sur ce qu'elle est devenue… De ses rêves, je n'ai aucune idée de ce qu'il en reste… 

Je ne sais pas non plus si elle voudra me parler, si elle pourra me faire à nouveau confiance. Je ne sais pas si je la décevrais à nouveau. 

 

Doriane

C'est en recherchant Mvouama que j'ai rencontré Doriane. Comme si ma culpabilité par rapport à la première m'avait dévoilé la deuxième. 

***

Je peux dire que, si j’ai trouvé Mvouama, c’est Doriane qui m’a trouvé. Je l’ai rencontrée alors qu’un ami metteur scène m’avait invité à venir assister aux répétitions de (la seule au Congo) troupe théâtrale de malentendants qu’il dirigeait. J’étais excité et sûr d’y retrouver Mvouama. Mais elle n’y était pas. 

Mon ami m’a présenté aux membres de la troupe comme celui qui avait fait le film dans lequel jouait Mvouama. Tout le monde avait entendu parlé du film ou l’avait vu. Ils connaissaient tous Mvouama, du moins de nom. A la fin des répétitions j’ai salué tout le monde et Doriane est venue me parler. Elle vocalisait et je pouvais distinctement la comprendre : dès le début, mon rapport avec elle a été à l'opposé de celui avec Mvouama. 

***

Doriane a 28 ans aujourd’hui. Elle n’est pas née sourde. Quand la guerre civile éclate au Congo en 1997, elle a tout juste 7 ans. La violence des combats et les engins de guerre utilisés (bombe et armes lourdes) ont rendu Doriane sourde depuis. Sa maison d’enfance à Brazzaville a été rasée. Doriane vit avec sa sœur cadette Laurette, elle-même sourde, dans un petit appartement à Brazzaville. Elle a vécu ces derniers mois des avantages liés à son statut de Miss. Maintenant, pour faire face à ses besoins, elle travaille de temps en temps dans un…  atelier de couture. 

Au sein de la troupe de théâtre Zackarie, Doriane brillait de milles feux. Excellente comédienne, elle avait fait une tournée nationale et africaine avec sa troupe : Pointe Noire, Dolisie, Cameroun, Maroc, Algérie … 

Si Mvouama était réservée, Doriane est tout son contraire. Elle a le contact facile. Elle engage spontanément la conversation avec les entendants sans interprètes. Elle lit avec une précision impressionnante sur les lèvres et ses vocalises sont assez compréhensibles. En 2016, elle a même été élue « Miss Deaf » du Congo.

Doriane avait arrêté ses études après le brevet (obligée et non pas par choix). Le théâtre était la seule chose qui lui permettait d'espérer un destin différent. Et elle ne s'en privait pas : des étoiles dans les yeux, des rêves pleine la tête.  

***

    Sauf  que… Il y a toujours un "sauf que…" Pour des raisons personnelles, le metteur en scène a quitté la Zacharie Théâtre. Suite à son départ, la troupe a cessé de fonctionner. Et les rêves de Doriane sont menacés de disparition. Comme ceux de Mvouama il y a dix ans.

Sauf que…  Heureusement, il y a une autre "sauf que"… Doriane n'est pas du genre à se résigner. Pour garder ses rêves éveillés, elle a décidé d'agir : apprendre à faire de la mise en scène pour assurer la continuité de Zacharie Théâtre. Elle est confiante. Elle attend beaucoup de moi et peut se montrer impatiente. Et moi, je ne peux envisager de la décevoir aussi. 

***

Mes rêves d'aujourd'hui rencontrent les rêves de Doriane. Mes rêves de rédemption par rapport à la pénitente Mvouama que j'aimerais aider véritablement cette fois-ci dans sa transcendance vers Aimée Sainte. Mes rêves d'apporter ne serait-ce qu'un grain de poussière au changement de la société congolaise – changement des mentalités, changement dans la perception de la liberté de rêver. La ténacité et la force de Doriane me donnent courage, me font me dire que c'est possible.

Le possible que je rêve de rendre réalité est, vu des autres rives, somme toute assez modeste : que Doriane apprenne la mise en scène théâtrale et qu'elle sauve ainsi Zacharie Théâtre. Que ce même film me permette, dans son intérieur même, de retrouver Mvouama pour qu'elle puisse devenir Aimée Sainte à travers son intégration dans la troupe de théâtre de Doriane et la réalisation de son rêve de devenir comédienne.

    Pratiquement, et sans parler pour l'instant des coûts d'une telle "entreprise", les choses sont compliquées. Il n'y a pas d'école de théâtre au Congo. Ni moi, ni bien évidemment elle, nous n'avons pas les moyens d'offrir à Doriane une inscription dans une école européenne. La seule solution concrète et réaliste qui me reste est de "faire venir la montagne à Mohammed". 

Jérôme

Il y a, au Havre où j'habite, un comédien et metteur en scène audacieux et courageux : Jérôme Boyer. 

 

Un peu ours, une vraie force de la nature, Jérôme, 44 ans, est impressionnant et intimidant au premier abord. Sous son image d’homme sérieux, se cache un personnage haut en couleurs, bon vivant, joyeux, même déconneur parfois…  

Jérôme est aussi un artiste engagé qui défend un discours citoyen et militant dans ses créations. Parfois un peu provoc ou décalé. Il mène avec sa compagnie, "Le temps qui sèche", des projets de théâtre citoyen dont les 2 plus récents sont : "Humains en état de marche" (contre la radicalisation) et "Ceux qui restent/ce qu’il reste" (travail autour des archives photographiques des anonymes chinées dans les brocantes). Excellent comédien et metteur en scène, il incarne aussi différents personnages au cinéma et à la télévision.

Jérôme aime se lancer des défis et repousser ses limites. Il est formateur au sein de la compagnie "Akté" du Havre. Au Havre encore il a animé de nombreux ateliers dont certains auprès des jeunes malentendants. Et depuis 2 ans, il part régulièrement au Burkina Faso animer bénévolement des ateliers de théâtre.

C'était, bien sûr, une évidence encore : c'est Jérôme ma "montagne" ! Montagne idéale, montagne providentielle. Et dès que je lui ai parlé de mon projet, Jérôme a été enthousiaste. Son enthousiasme m'aide à continuer d'y croire dans les moments de "déconfiture budgétaire". 

Jérôme a accepté donc d'aller à Brazzaville pour écrire et créer, en collaboration avec Doriane, une pièce de théâtre avec la troupe Zacharie. Ils assureront tous les deux la mise en scène : ça sera, pour Doriane, un apprentissage sur le vif. Et quand Jérôme rentrera en France, Doriane serait devenue la première metteuse en scène sourde du Congo. Et Mvouama, enfin devenue Aimée Sainte, sera une des comédiens de la troupe. Enfin, c'est ce dont je rêve. On verra bien ce qu'il en restera…

À quoi servira la collecte

 

Je ne suis, pour l'instant, qu'à la "théorie" de mon film. Il m'habite déjà, de plus en plus précis et onirique en même temps. 

    Il est évident que je dois, au plus tôt, aller au Congo avec Jérôme et Anca Hirte, ma co-autrice. Rester ensuite longtemps sur place pour résoudre tous les problèmes techniques pendant que Jérôme, de retour au Havre, commencera l'écriture de la pièce en collaboration avec Doriane. Organiser en même temps, avec Doriane, le partage de son temps, pendant les tournages, entre l'apprentissage de la mise en scène et la recherche de Mvouama. 

Je (nous) suis (sommes) fin prêt(s). Il ne nous manque "que" l'argent pour commencer à mettre le premier caillou dans la fondation de ce film et de nos rêves. C'est pourquoi j'en appelle à votre générosité.

 

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